Journal de terrain

Cimetière d'Ixelles — juin 2026

Je suis venue ici avec un crayon et du papier. Pas d'écran, pas de filtre, pas de connexion. Juste le geste de la main qui tente de retenir ce que la pierre elle-même est en train d'oublier.

Esquisse au crayon d'une figure féminine assise, dessinée au cimetière d'Ixelles
Esquisse réalisée sur place — crayon sur papier — cimetière d'Ixelles
Ce dessin est une trace subjective d'une trace de pierre d'une trace de chair. Trois couches de médiation entre une personne qui a vécu et ce trait de crayon. Le numérique en ajoute une quatrième.

Les monuments du cimetière sont des serveurs de pierre. Ils stockent des noms, des dates, des liens familiaux. Mais leur base de données se corrompt : les inscriptions s'effacent, le lierre recouvre les entrées, les visiteurs ne viennent plus.

Ce site web fait la même promesse que la pierre : conserver, archiver, rendre accessible. Et il échouera de la même manière. Le nom de domaine expirera. Le serveur sera éteint. Les liens deviendront des erreurs 404.

La seule différence entre une tombe et une page web, c'est la vitesse à laquelle elles disparaissent.

Le cimetière d'Ixelles conserve les traces de familles dont les noms sont devenus des enseignes commerciales. Vieujant Delhaize est gravé dans la pierre au même endroit où il est imprimé sur des millions de sacs. La mémoire survit parfois là où on ne l'attend pas.

Note technique — Ce site a été conçu pour être consulté depuis le cimetière d'Ixelles, via un code QR placé à l'entrée. Si vous le lisez depuis un autre endroit, vous consultez une archive décontextualisée. Comme lire une épitaphe dans un livre d'histoire au lieu de la lire debout devant la tombe.

Dessiner dans un cimetière, c'est accepter d'être lente dans un monde qui archive vite. Le crayon n'a pas de bouton supprimer. Chaque trait reste.

Comme les noms sur la pierre. Comme les profils sur cette plateforme éteinte.